L’Hypertension artérielle

Médications d’action ponctuelle / Les paroxysmes hypertensifs

Dr Daniel Scimeca

 

Le traitement de l’hypertension artérielle est un domaine réservé de la médecine classique. Les protocoles sont établis de longue date, même s’ils évoluent et le seul problème qu’il est correct de se poser est de différencier l’HTA des variations momentanées de la Pression artérielle qui ne nécessitent aucun traitement.

La mesure ambulatoire de la tension artérielle (MAPA) et, depuis quelque temps, l’auto mesure grâce aux appareils automatiques a changé le regard sur ces questions.


La place de l’homéopathie dans l’HTA :

L’homéopathie a t elle donc un rôle à jouer dans ce théâtre très sérieux où seuls ont le droit de siéger dans la cour des grands les traitements allopathiques toujours prés à se transmuter en spécialités de plus en plus onéreuses ?


Clairement oui. L’homéopathie a sa place à deux niveaux différents.


Le terrain

Elle joue un rôle irremplaçable dans le traitement du terrain vasculaire.Associée à la correction des facteurs de risque classiques comme l’obésité, le tabac, le diabète, l’hyperLDLémie, elle agit sur des terrains particuliers.La luése inflammatoire et destructrice est un facteur de risque invisible à part entière. Le tuberculinisme et ses aléas ioniques et ses soubresauts tensionnels aussi. La sycose par sa tendance hypothyroïdienne frustre joue un rôle.La psore est finalement la plus calme des diathèses d’hypertendu, mais qui prépare les complications de la luése.


L’homéo et les chiffres

Elle joue un rôle sur les chiffres tensionnels en eux-mêmes et un traitement symptomatique pourra toujours être au moins associé au traitement classique, voire s’y substituer totalement lorsque cela est possible (HTA du sujet adrénergiques et rénales avec résistances périphériques scléreuses encore peu élevées)

Mais pour cela un obstacle de taille existe : le caractère asymptomatique des poussées tensionnelles.E, effet nous ne sommes plus au XIXe siècle et au temps des poussées congestives à 25 qui entraînaient moult AVC. Nous sommes dans la prévention primaire de chiffres non dangereux par eux-mêmes mais constituant un facteur de risque vasculaire cumulatif.


Une maladie sans symptômes

l’hypertension artérielle est une maladie défective au sens de l’Organon, c’est-à-dire qu’elle ne fournit aucun symptôme pathogénique proprement dit puisque la mesure de cette pression artérielle n’y existe pas.

La seule façon de pouvoir aborder le problème est de raisonner par analogie. L’hypertension peut être approché par le comportement général du malade et par la logique avec lequel il va développer cette H.T.A.

L’expérience clinique de nombreux confrères homéopathes montre bien que même si cette marge de manoeuvre est mince, les résultats sur les chiffres tensionnels sont loin d’être nuls.


En pratique

L’homéopathie suffira largement dans les poussées hypertensives liées au stress et bien souvent dans l’H.T.A du sujet jeune, à son début et lorsque l’influence du système nerveux autonome est prépondérante.

L’homéopathie sera associée aux antihypertenseurs classiques et permettra toujours une réduction de la posologie dans les H.T.A plus installées où les facteurs physiques sont prépondérants (augmentation des résistances périphériques, moindre élasticité de l’arbre artériel, facteurs rénaux). Dans ces derniers cas, elle permettra une meilleure protection des tissus nobles cibles de l’H.T.A (rein, coeur, système nerveux)


Les principaux remèdes congestifs

Aconit:

Hypertension artérielle survenant par crises. Il existe une congestion d’apparition très brutale avec palpitations, pouls dur et tendu, céphalée éclatante avec tête chaude. Il existe une pâleur et une tendance au malaise lorsque le patient tente de s’asseoir.

Il est en proie à une grande anxiété avec agitation et sensation de mort imminente. L’aggravation vers minuit de tous les troubles, l’angor éventuellement associé complètent le tableau.

En fait aconit correspond aussi bien au faux angor hyperanxieux qu’au malade très lésionnel et menacé par un accident myocardique ischémique ou un accident vasculaire cérébral. Nous disions plus haut que la séparation classique entre remèdes “fonctionnels” et remèdes “lésionnels” ne correspond pas à la réalité. Aconit en est un exemple.


Arnica montana

Ici encore l’H.T.A se fait par à-coups avec grande congestion céphalique. Il existe un contraste entre une tête chaude avec faciès rouge vultueux et un corps froid. Arnica correspond aux coeurs surmenés, fatigués par l’âge ou par un surmenage sportif. La menace d’accidents thrombo-emboliques est grande avec Arnica ainsi que sa tendance hémorragique, en suite d’efforts ou de traumatismes. Il existe une cardiomégalie. Elle est la conséquence du surmenage cardiaque chez le sportif, ou le résultat d’une cardiomyopathie hypertensive. Une artérite des membres inférieurs est possible ainsi qu’un angor. Comme pour aconit, arnica trouve son indication à la fois dans l’H.T.A sthénique et dans l’H.T.A vieillie avec début d’insuffisance ventriculaire gauche où il permettra une meilleure protection associé aux traitements classiques.


Glonoinum

Poussées brutales d’hypertension congestive avec phosphènes et intolérance à la chaleur surtout radiante. Tachycardie avec battements ressentis intensément au niveau des carotides, des oreilles, des dents, des extrémités; ces battements sont synchrones du pouls.


Lachesis

Hypertension congestive où la volémie parait être l’élément essentiel. En effet, Lachesis est amélioré par les pertes liquidiennes ou les saignements. Les règles l’améliorent en cela et il correspond très bien à l’hypertension de la ménopause où la menstruation est plus irrégulière et ne compense plus l’hypervolemie hypertensive. Il existe des céphalées congestives battantes, aggravées par la chaleur comme l’ensemble du remède. Des bouffées de chaleur rythmes les poussées tensionnelles avec dyspnée, gêne thoracique et ralentissement du rythme cardiaque. On le retrouve chez la femme à la ménopause bien sûr mais aussi sur des terrains volontiers alcooliques avec suractivité cérébrale le soir et loquacité excessive.


Nux vomica

Sujet hyperactif psychiquement, sédentaire, irritable et agressif, coléreux, il est le type même de l’hypertension par hyperfonctionnement adrenergique. Ses excès alimentaires, de boissons et son besoin d’excitants (tabac, café) renforcent cette hyperergie du circuit diencephalo-adrenergique. La tension sera labile, par accès, car il s’agit d’un sujet très sthénique. Il souffre en outre de troubles digestifs avec somnolence post prandiale majeure. Il est toujours amélioré par une courte sieste. Nux est le remède type des débuts d’H.T.A chez un sujet qui va accumuler les facteurs de risque au cours de son existence. Sa prescription régulière représente une véritable prévention des affections cardio-vasculaires. Il évolue rapidement le plus souvent vers Sulfur.


Strontium carbonicum

Hypertension très congestive avec bouffées de chaleur, faciès vultueux et céphalée battante. L’accident vasculaire cérébral est proche et menaçant tant la congestion céphalique est importante. Il existe une amélioration générale par la chaleur et surtout la chaleur locale (enveloppements chauds).


Sulfur

Cet immense remède correspond à l’hypertension à son stade le plus sthénique et le plus floride. D’essence psorique, il obéira aux alternances et à la périodicité dans l’hypertension comme pour les autres signes. Elle évoluera donc par crises avec céphalées congestives et vertiges en se baissant. L’angor peut y être associé et il existe une vasodilatation périphérique avec rougeur et chaleur cutanées. Le coeur semble subjectivement trop gros, trop plein avec palpitations nocturnes. La thermophobie, le coup de barre vers 11heures du matin et le désir de sucre confirmeront le remède. Sulfur est un remède d’hypertension jeune mais déjà majeure. Sa prescription nécessite plus que tout autre un drainage approprié tant la tendance centrifuge y est importante. Il est par contre lorsqu’il est indiqué d’une très grande efficacité.


Veratrum viride

Hypertension par crises paroxystiques. Ce petit remède d’action limitée sur la sphère cardio-vasculaire et musculaire est en fait un grand remède dans ce chapitre. La congestion est importante avec afflux de sang à la tête, éréthisme carotidien et lividité, cyanose. Les signes sont aggravés au réveil, par l’arrêt ou le retard des règles (comme Lachesis), et par le coup de chaleur ou l’insolation. L’hyperhemie céphalique se retrouve au niveau conjonctival et il existe une mydriase. La céphalée est battante, le pouls est lent et arythmique, le malade pâlit en s’asseyant. Des battements artériels sont ressentis dans tout le corps. Il existe des bouffées de chaleur. Ce remède rappelle à la fois Lachesis et Belladonna.


Les remèdes de dystonie artérielle

Ignatia

Nous voici avec ignatia dans un climat plus tranquille sur le plan pronostique. Chez Ignatia, c’est le système nerveux autonome qui explique les symptômes. L’emotivité est à son comble; le spasme domine tout. De plus Ignatia est le remède des manifestations contradictoires ou paradoxales. Rien d’étonnant à voir chez lui des variations tensionnelles brusques, passant de l’hyper à l’hypotension. Tachycardie, “points au coeur”, sensation de manque d’air et soupirs accompagnent un tableau très hystérique. Lorsque des douleurs thoraciques existent, elles sont améliorées par l’exercice physique et par l’effort...! (Ignatia le paradoxe).

Nous sommes donc très clairement en présence de variations tensionnelles sans aucune organicité, chez des patients suffisamment manipulateurs pour avoir pu déjà inquiéter nos confrères allopathes et se faire prescrire des traitements intempestifs.


Aurum metallicum:

Il s’agit d’un hypertendu congestif et pléthorique. Chez Aurum, c’est le “coeur” de l’existence qui est touché. Patient profondément dépressif et frileux, il garde son anxiété sous silence et cette mauvaise expression d’un malaise profond le gonfle et le ronge dans une atteinte générale du système vasculaire. Son faciès est rouge, il présente des céphalées occipitales. Son éréthisme cardio-vasculaire  lui donnera des battements dans les carotides et des palpitations avec arythmie (battements rapprochés, pause et reprise violente par à-coup.) Il existe un élargissement de la différentielle avec hypertension surtout systolique. Aurum est un patient à risque; il est rongé dans son psychisme mais aussi dans ses artères avec arteriosclérose aortique et des gros vaisseaux.



Les remédes scléreux

Baryta carbonica

La sclérose artérielle est majeure, associée à une sclérose cérébrale avec ralentissement psychomoteur.

L’H.T.A de Baryta carbonica est une hypertension chronique, surtout diastolique avec pincement de la différentielle (prédominance de la sclérose artériolaire) La lenteur intellectuelle, le ralentissement cérébral témoignent d’une évolution ancienne de l’H.T.A. Il s’agit d’un remède de sujets âgés qui viendra compléter l’arsenal allopathique, inévitable ici.


Calcarea fluorica

L’hypertension est liée à une artériosclérose très précoce. L’atteinte fluorique touche ici le réseau artériel et artériolaire et augmente de façon considérable les résistances périphériques ainsi que la perfusion rénale, elle même facteur d’aggravation de l’hypertension. Mais le fluorisme constitutionnel est aussi plus global avec hyperlaxité, asymétrie et tendance générale à la sclérose des tissus.


Plumbum

Ce métal lourd entraîne une sclérose profonde de l’arbre artériel. Le résultat est une hypertension chronique avec très hautes résistances périphériques. Les artères sont grêles et scléreuses, le pouls filiforme et très durs témoignant de ce durcissement des parois vasculaires. L’hypertension sera donc très logiquement surtout diastolique avec pincement de la différentielle. Cette sclérose va toucher toutes les artères: cérébrales avec ralentissement psychomoteur; rénales avec insuffisance rénale; artères des membres inférieurs avec artérite. Mais la sclérose touche aussi le myocarde lui même avec bradycardie souvent extrême imposant le stimulateur, et insuffisance ventriculaire gauche. La tendance anémique du remède renforce les signes ischémiques


A part : le syndrome métabolique

Lycopodium

L’hypertension est présente mais n’est pas au centre des symptômes. Lycopodium est un encrassé digestif avec troubles lipidiques. La dégénerescence athéromateuse le guette plus que tout autre. Son asthénie vers 16-17heures, la prédominance de ses signes digestifs, son caractère plutôt misanthrope et “bilieux” le font reconnaître.


Mais aussi Thuya, Sepia, Graphites…



Remèdes d’H.T.A évoluant par crises: Aconit, Arnica, Aurum metallicum, Glonoinum, Ignatia, Nux vomica, Sulfur, Veratrum viride.

Remèdes d’hypertension chronique: Arnica, Aurum metallicum, Baryta carbonica, Calcarea fluorica, Lachesis, Plumbum, Sulfur.

Angor associé: Aconit, Arnica, Aurum metallicum.

Congestion céphalique ou céphalée: Aconit, Arnica, Aurum metallicum, Lachesis, strontium carbonicum, Sulfur, Veratrum viride.

Battements artériels: Aurum metallicum, Glonoinum, Veratrum viride.

Hypertension surtout diastolique: Baryta carbonica, Plumbum.



Le drainage dans l’HTA

l’ordonnance homéopathique d’une hypertension devra toujours le comporter. Il permettra au remède d’agir plus facilement, de faciliter l’elimination des facteurs de sclérose, de faciliter la diminution de la volémie. Citons: Arnica, Arsenicum iodatum, Cactus, Crataegus, Rhus toxicodendron, Mais aussi pour leur action au niveau rénal: Berberis et Solidago.



Exemples d’ordonnances:

HTA du sujet jeune, sthénique, sans traitement:

Veratrum viride 9CH

3 granules le matin

Sulfur 9CH

Sulfur 15CH

1 dose hebdomadaire, en alternance, le matin

Nux vomica

Berberis

Solidago

Ignatia AA 4CH

20 gouttes au coucher


HTA du sujet âgé et scléreux, asthénique, sous association IEC+ diurétique:

IEC seul

Diminution du diurétique à 1 jour sur 2

Calcarea Fluorica 7CH

Plumbum métal 7CH

3 granules le matin en alternance, sauf le jour de la dose

Baryta carbonica 15CH

1 dose hebdomadaire le matin

Pyrolusite D8

Erythrite D8

1 ampoule avant dîner, en alternance

Berberis Solidago Arnica Crataegus Arsenicum iodatum AA 4CH

20 gouttes au coucher